Coface : l'accord sur les transports de céréales en mer Noire ne suffira pas

Si l'accord sur les céréales en mer Noire, négocié entre l’Ukraine et la Russie sous l’égide de la Turquie et des Nations Unies, et renouvelé en mars dernier, a permis de quelque peu relâcher la pression sur l'offre de céréales, ses effets sont très limités et des zones d'ombre sur la sécurité alimentaire de nombreux pays persistent, souligne Coface, expert en assurance-crédit internationale. Les flux transitant par le détroit du Bosphore sont ainsi inférieurs d’environ 50 % aux niveaux d'avant-guerre, alors même que la Russie et l'Ukraine représentent 25 % des exportations mondiales de blé. La réduction de la disponibilité des céréales pèse fortement sur certains pays très dépendants des importations notamment en Afrique de l’Ouest, en Asie du Sud-Est, et en Asie centrale.

Production céréalière en baisse de 2% sur 2022/2023

Selon Coface, 2023 restera une année de forte tension entre offre et demande. « Avec une échéance de renouvellement de l’accord en mer Noire à 2 mois, le risque de rupture d'approvisionnement de certains pays est toujours présent. Par ailleurs, alors que la demande est soumise à une forte inertie, la production mondiale de céréales devrait afficher une baisse de 2 % pour la saison 2022/23. »

Les difficultés persistantes d'approvisionnement et les prix élevés sur les marchés pourraient d’ailleurs renforcer les réflexes protectionnistes sur les produits alimentaires, poursuit Coface. « Certains pays pourraient ainsi être tentés de remettre en place des dispositifs protectionnistes similaires à ceux qui ont vu le jour en 2022 (Egypte, Inde) pour faire face aux pressions inflationnistes ou à des pénuries alimentaires. »

50 % des stocks mondiaux de blé en Chine

Enfin, la contraction de la production céréalière mondiale devrait accentuer la concentration des stocks dans quelques pays clés. Ces dernières années, la Chine a régulièrement augmenté ses stocks de céréales, et détient désormais plus de 50 % des stocks mondiaux de blé. A l’inverse, les pays exportateurs de céréales constituent de moins en moins de stocks (7,3 % des stocks en 2022, contre 11,3 % en 2010). Cette plus forte concentration se fera nécessairement au détriment de la fluidité du commerce international de céréales, surtout dans un marché en tension, termine Coface.