L’Eclairvale, solution pour la mécanisation de la récolte ?

Face au manque de main-d’œuvre dans les vergers, particulièrement problématique au moment de la cueillette, Jean-Pierre Villanou imagine déployer son Eclairvale. Initialement pensée pour l’éclaircissage, cette machine pourrait apporter des réponses sur la mécanisation de la récolte. La nouvelle Fructivale sera a priori proposée prochainement avec un système de mise en palox des fruits.

Récolte chez un producteur qui a acheté le premier prototype.

© Jean Pierre Villanou

L’avenir de la cueillette de pommes par drone ou systèmes autonomes avec bras articulés, il n’y croit pas, ou plus précisément pas à un tarif compatible avec le prix de vente des fruits ! « Ces robots font rêver, mais il sera difficile de remplacer les deux bras d’un cueilleur par un drone manchot », se désole Jean-Pierre Villanou, directeur-fondateur de la société La Canne Vale, évoquant aussi les difficultés du robot cueilleur de pommes Magali développé entre 1985 et 1996.

Depuis plusieurs années, il travaille pour exploiter les capacités de la machine Eclairvale vers la cueillette mécanisée. Équipé de 2.800 tiges, l’outil permet d’éclaircir les arbres de différentes formes, à la fois sur boutons, fleurs et petits fruits, grâce au frottement du caoutchouc faisant tourner et décrochant le fruit, rappelle-t-il.

« Cette solution non motorisée évite de blesser les fruits, en adaptant en continu la vitesse de rotation à la vitesse d’avancement ; le mode d’action, c’est le frottement. »

Équipé de 2.800 tiges, l’Eclairvale permet d’éclaircir les arbres de différentes formes, mais présente des atouts pour décrocher des fruits à maturité.

© O.Lévêque/Pixel6TM

Essais sur prunes, pommes, abricots

Pensée pour l’éclaircissage, cette machine présente des atouts pour décrocher des fruits à maturité, poursuit Jean-Pierre Villanou. « Nous avons fait des essais de récolte sur prune d’Ente, et le fonctionnement de l’Eclairvale a été validé pour décrocher les fruits, sans abîmer les arbres, contrairement aux secoueurs. Dans cet essai, les fruits les plus mûrs étaient décrochés en priorité, avec un meilleur résultat qualitatif, alors que le secoueur faisait chuter en priorité les fruits les plus proches du tronc, donc les moins matures. »

Une machine Eclairvale a d’ailleurs été mise au point avec Oscar Coupey, producteur de pruneaux d’Agen, pour la récolte de ses pruniers conduits en mur fruitier.

Des essais réalisés par Invenio sur pommes comparant la machine La Canne Vale à des souffleries, des tapeurs ou des secoueurs ont aussi montré des résultats en faveur de l’Eclairvale, où l’arbre est peu sollicité, ce qui n’oblige plus à avoir un porte-greffe vigoureux, poursuit l’inventeur.

« Malheureusement, l’Eclairvale, vendue autour de 40.000 euros, peine à trouver son public en France, où seulement 52 machines ont été vendues sur les 130 distribuées dans le monde. » Pour les fruits à noyau, le mode de conduite en gobelet qui est le plus répandu est aussi le moins favorable à la mécanisation. Concernant les fruits à pépins, il existe des solutions chimiques, pour l’instant…

Première photo (partielle) de la nouvelle Fructivale, invention de la société La Canne Vale pour adapter l’Eclairvale en système de cueillette mécanique grâce à un système de récupération des fruits.

© La Canne Vale

Système de récupération des fruits

Les résultats des expérimentations menées au CTIFL de Lanxade avec l’ingénieur Laurent Roche valident la capacité de l’Eclairvale à cueillir des pommes destinées au marché du frais.

Pour Jean-Pierre Villanou, l’enjeu est désormais de concevoir une solution de récupération des fruits sous l’Eclairvale, une fois les fruits détachés, puis d’assurer leur mise en palox : Fructivale est née. « Sans la collaboration de Laurent Roche, ce prototype n’aurait pas vu le jour », précise Jean-Pierre Villanou.

Cette machine peut accéder à des vergers plantés à 3 mètres entre rangs, les performances seront supérieures dans les haies fruitières conduites en deux dimensions comme les murs fruitiers, mais tous les vergers de pommiers seront accessibles.

S’il souhaite encore rester discret sur la mise au moins de sa nouvelle machine, en ne dévoilant que partiellement sa construction et son fonctionnement, le directeur de La Canne Vale révèle son point essentiel « que personne n’a réalisé avant » : une bande convoyeuse avec de la mousse qui monte et prend un virage à 180°. « C’est la garantie d’un convoyage respectueux des fruits. »

La première Fructivale commerciale a été mise en route chez Jean-Pierre Cellier, producteur de pommes bio dans le Maine-et-Loire.

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