Une descente d’air froid menace les cultures

L’inquiétude monte face au risque de gel. La fin avril s’annonce en effet très froide. Selon les prévisions, les risques de gel pourraient en effet durer plusieurs jours et ainsi menacer les cultures, déjà à un stade très avancées. Explications avec Serge Zaka, agroclimatologue. 

Calm and wonderful peaceful winter morning with frozen grass mea

Là où le gel frappera, la perte estimée est d'environ 50 % de la récolte, plus avec le cumul de nuits de gel, qui peut mettre à mal tout un verger.

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Avec un ciel dégagé et en l’absence de vent, le gel risque de s’inviter durant ces prochaines nuits. Le week-end du 13 avril, Météo France a enregistré des niveaux de température records sur le territoire. Ces pics de chaleur ont bouleversé les cultures. Ce développement avancé accentue leur sensibilité face au gel. Une situation qui rappelle les dégâts du gel d’avril 2021.

« Après deux périodes de douceur exceptionnelle début avril, qui ont clairement fait avancer la végétation, nous avons une descente d’air froid qui arrive du nord-est de la France, avec un risque de gel assez marqué pour la fin avril », explique Serge Zaka, agroclimatologue.

Cette nuit, dans le Limousin notamment mais aussi en Armagnac, dans les vallées sud des Alpes et l'intérieur du Var, toutes les conditions étaient malheureusement réunies, pas de couverture nuageuse et vent faible. Avec des températures proches des 30 °C la semaine dernière, le développement des pommes de l'AOC Limousin a été fortement accéléré.

Un stade de développement avancé

Si ce type de gel est « courant » en avril, c’est surtout la douceur hivernale et printanière qui inquiète. « Depuis le 22 janvier, la douceur s’est installée en France. Durant trois mois, les végétaux ont baigné dans la douceur. En vigne, nous avons entre deux semaines et un mois d’avance. La floraison est déjà dépassée et, pour certains, le stade petits fruits a débuté, notamment en poire, abricot et pêche », s’alarme-t-il.

Vers une perte totale de récolte en cas de cumul de nuits de gel ?

À cause du réchauffement climatique, la sensibilité des cultures au gel est accentuée. « À l’ouverture du bourgeon, la culture peut résister à - 4 °C, en fin de floraison à - 1/- 2 °C et quand les petits fruits apparaissent, le seuil de résistance est atteint à - 0,5 °C. À cette période de l’année, tous les arbres devraient être au stade - 4 °C », souligne-t-il.

Mais à cause du développement précoce, le gel risque d’être dévastateur. Là où le gel frappera, la perte estimée est d'environ 50 % de la récolte, plus avec le cumul de nuits de gel, qui peut mettre à mal tout un verger. Dans le Limousin, les pertes pourraient avoisiner les 20 à 30 %, plus si les nuits gélives se poursuivent. 

Les céréales aussi concernées

Toutes les espèces sont concernées, pas seulement les vignes et les vergers. Le maraîchage au sol peut être impacté, tout comme les céréales et les betteraves sucrières.

« Les blés/orges sont au stade méïose. C’est un stade déterminant pour le rendement et très sensible à des températures inférieures à 4°C ! » poursuit l’agroclimatologue. Tout stress physiologique au stade méïose peut altérer sérieusement le rendement, car c'est durant cette phase que la fertilité des épis se met en place.

Des nuits blanches en prévision

Pour anticiper ces épisodes de gel, vignerons et arboriculteurs sont équipés : bougies, tours, bottes de foin, aspersion. Depuis 2021, arboriculteurs et viticulteurs sont mieux préparés et surtout mieux équipés. 

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