En Bourgogne, l'installation hors cadre familial est possible. Histoire du domaine Montbarbon

Jean-Jacques Féral, 41 ans, s’est installé depuis novembre 2022 à Viré, en Saône-et-Loire. Il a repris le domaine Montbarbon, exploitation viticole de 13 ha produisant en appellations Viré-Cléssé et Mâcon-Village. L’aboutissement d’un projet initié depuis une dizaine d’années.

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« Mon projet remonte à une dizaine d’années, car je ne suis pas issu du milieu viticole, il s’agit d’une reconversion avant installation, introduit Jean-Jacques Féral, invité en mars 2024 lors du Salon Vinequip à raconter son parcours. J’ai d’abord passé un BTS viti-œno à Macon-Davayé en formation pour adultes sur 9 mois. Je voulais vérifier que j’avais les capacités – y compris physiques pour faire ce métier. Je partais de très loin, à l’époque je n’avais jamais planté un piquet. Mon maître de stage, Nicolas Maillet installé à Verzé dans le Maconnais, m’a beaucoup aidé et appris. Ensuite, j’ai voulu prendre de l’expérience, en travaillant notamment comme salarié pendant deux millésimes dans un  autre domaine de la région. »

Un projet d'installation dans le Maconnais

« Prendre des vignes en Bourgogne, quand on est pas fils de vignerons ce n’est pas facile. L’installation se fait par le bouche à oreille. C’est mon ancien maitre de stage, Nicolas Maillet qui m’a appelé un jour pour me dire que Martine et Jacky Montbarbon, du domaine Montbardon, cherchaient un repreneur. Anciens coopérateurs, ils ont bâti leur domaine de A à Z depuis 2008 et souhaitaient transmettre. Nous nous sommes rencontrés, je leur ai expliqué mon projet. Eux à la veille de la retraite, étaient inquiets, ils voulaient vendre mais surtout transmettre un domaine qui leur avait demandé une énergie folle à construire », précise-t-il.

Les deux projets pouvaient matcher. Pour mettre toutes les chances de son côté pour faire aboutir son projet, Jean-Jacques Féral a d’abord travaillé pendant 7 ans comme salarié au domaine Montbarbon.

Se donner le temps ensemble

« Nous avons pris le temps de faire connaissance. Reprendre un domaine viticole est un projet professionnel, un défi mais aussi un projet humain. Il faut partager un même point de vue ou du moins écouter le point de vue des cédants. J’ai eu la chance de tomber sur des personnes bienveillantes et très à l’écoute, et de vivre une vraie rencontre humaine. Nous continuons d’ailleurs à échanger maintenant qu’ils sont à la retraite, et je bénéficie encore de coups de main en cas de besoin – les cédants habitent juste à côté de l’exploitation. Il faut vraiment se donner le temps d’y arriver. En tant que vigneron, il faut maitriser trois métiers : la conduite de la vigne, la vinification, la commercialisation : 7 ans, c’est juste assez pour y arriver », estime-t-il.

Pour son projet, Jean-Jacques Féral a été accompagné par la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. « La CA 71 accompagne une vingtaine d’installations par an. La problématique de la transmission est importante dans notre vignoble : 30 % des viticulteurs ont plus de 55 ans  sur la partie Clunysois, Val de Saône, Côte chalonnaise. Il est donc important de montrer que l’installation est possible y compris hors cadre familial », indique Christine Laugaa, responsable du pôle installation-transmission et conseillère installation à la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire.

51 % des parts sociales

Ce projet d’installation hors cadre familial a été réfléchi très en amont. « Nous avons commencé à parler installation-cession assez tôt. Je me suis installé hors cadre familial en achetant des parts sociales de l’entreprise. Le plus dur a été de tout monétiser, les équipements, le cuvage, etc. », précise Jean-Jacques Féral.

L’accompagnement est essentiel, notamment pour l’élaboration du plan d’entreprise (PE) qui donne des prévisions sur les 4 ans à venir. Ce document très important, donne le cap, et est nécessaire pour toutes les demandes de subventions.

« Aujourd’hui, j’ai repris 51 % des parts sociales du domaine qui a changé de mains mais gardé le même nom. Le projet prend forme, avec un financement de départ initial sur une quinzaine d’années. Le projet est de reprendre les parts restantes au fur et à mesure. Il faut être bien entouré pour mener ce type de projet professionnel, car reprendre un domaine, constitue un grand changement de vie pour celui qui s’installe, mais aussi pour la conjointe, les enfants. Il est important de se créer son écosystème, avec les financeurs bien sûr mais aussi la famille, notamment pour le volet organisationnel qui est extrêmement important », résume-t-il.

« La partie comptable/fiscale est externalisée. J’ai fait le choix de reprendre le comptable qui a effectué le tuilage. Il faut profiter de son installation pour se former. Viticulteur c’est un métier multi-facettes. Dans ma gestion de mon temps de travail annuel, je me réserve le temps pour 2 à 3 formations par an », conclut-il.