Vin bio en Nouvelle-Aquitaine : « Pas de déconversion massive »

En pleine crise viticole, les Vignerons bio de Nouvelle-Aquitaine ont fait le point, le 16 avril, sur la situation de leur filière. Les conversions ralentissent tandis que les déconversions augmentent, sans pour autant exploser. Le syndicat insiste sur la nécessité pour ses adhérents de développer leur « autonomie commerciale ».   

Vignerons bio Nouvelle-Aquitaine

Pascal Boissonneau, au centre, est le nouveau président des Vignerons bio de Nouvelle-Aquitaine. Il est entouré de son prédécesseur, Pierre-Henri Cosyns, à droite, et de Bertrand de Sercey, membre du conseil d'administration en charge de la communication et de l'événementiel.

Crédit photo Fanny Laison

Environ 70 exploitations ont arrêté la viticulture bio en 2023 en Nouvelle-Aquitaine. Deuxième région viticole bio après l’Occitanie, elle comptait en 2022 un peu plus de 2.000 exploitations viticoles bio pour une surface de 35.706 ha, dont la moitié en conversion. Pour les Vignerons bio de Nouvelle-Aquitaine (VBNA) il n’y a donc « pas de déconversion massive ». Les conversions sont néanmoins en net recul puisque le nombre de surfaces entrant en première année de conversion a diminué de 60 % en 2022 par rapport à 2021. 

« C’est un effet yoyo qui fait suite à une forte expansion, analyse Pierre-Henri Cosyns, désormais ex-président du syndicat. Ce ralentissement est habituel et nous atteignons aujourd’hui un certain équilibre entre conversions et déconversions. » Pascal Boissonneau, son successeur, complète : « Le marché se complexifie et le risque est aujourd’hui plus important lorsque l’on s’engage en bio. Certains préfèrent se donner le temps de la réflexion. »

Des volumes de vente en baisse de 11 % en GD 

Du côté des déconversions, 62 % des exploitations qui ont renoncé étaient engagées en bio depuis un à cinq ans. Une ancienneté trop courte pour atteindre une autonomie commerciale suffisante et faire face à la crise à laquelle la viticulture bio n’échappe plus. « 1/3 de ces exploitations ont totalement arrêté leur activité », souligne d’ailleurs le nouveau président. Un autre tiers a seulement arrêté la bio, et le dernier tiers s’est déconverti sans vraiment donner d’explications. 

Si les taux de croissance à deux chiffres ne sont plus à l’ordre du jour, le marché du vin bio français reste néanmoins sur une tendance positive pour 2022. + 1 % en volume et + 6% en valeur par rapport à l’année précédente. La grande distribution est le créneau où les ventes de vin bio dévissent le plus. - 11 % en volume et - 7 % en valeur à l’échelle nationale. Bordeaux est particulièrement touché : - 17,3 % en valeur et - 21,7 % en volume. Ce qui se répercute directement sur les transactions négoce. Bien que minoritaires en bio – 23 % des volumes mis sur le marché en 2022 –, elles apportent de la trésorerie aux vignerons. 

Développer l’export et la vente en circuits courts

« Vignerons bio Nouvelle-Aquitaine a rencontré en 2023 plusieurs acteurs du négoce bordelais et hors région pour connaître leurs ambitions stratégiques vis-à-vis du vin bio dans les années à venir, indique le syndicat. Peu de maisons ont un discours volontariste quant au développement d’une marque forte de Bordeaux bio. » VBNA milite donc auprès de ses adhérents pour que ceux-ci développent leur « autonomie commerciale ».  

C’est-à-dire assurer eux-mêmes leur commercialisation en développant l’export qui représente environ 40 % des ventes en volume et en valeur, la vente directe (19 % en volume, 29 % en valeur), ou encore la restauration et les cavistes (environ 10 % en volume et en valeur). « Les marchés matures veulent des vins bio et orientés sur l’agroécologie, on est en croissance sur les cavistes et la CHR, insiste Pierre-Henri Cosyns. Historiquement la grande distribution n’était pas notre cible mais elle a vu en nous une opportunité et dès que le marché s’est durci elle a arrêté de nous acheter du vin. » Présent à la réunion organisée 8 avril dernier par l’interprofession avec les acteurs de la filière, l’ex-président déplore « un jeu de dupes ». 

« Tenir pendant la tempête »

Le syndicat met néanmoins en garde sur le fait que développer l’export nécessite « un investissement personnel et financier sur le long terme en prenant en compte les composantes réglementaires et la concurrence des vins bio étrangers ». Il met ainsi à la disposition de ses adhérents un Guide des aides à la commercialisation du vigneron bio, propose des formations commerciales, les accompagne pour déterminer le ou les marchés à leur portée, et organise des salons BtoB et BtoC. Le prochain Salon BtoBio aura d’ailleurs lieu le 23 avril à Bordeaux. 90 vignerons, sur les 200 adhérents que compte VBNA, y seront présents. 

« L’effort commercial à fournir est énorme et les résultats sur les ventes de bouteilles sont très variables, reconnaît Pascal Boissonneau. Mais aujourd’hui ceux qui ne font que du vrac tirent difficilement leur épingle du jeu. » « Il faut tenir pendant la tempête, encourage Pierre-Henri Cosyns. C’est une sacrée tempête mais le vin bio va perdurer. Ce n’est pas un sentiment. Les chiffres sont là. »