Agriculteurs: que cherchent-ils sur les réseaux sociaux ?

 

Ils seraient désormais 60 % à utiliser les réseaux sociaux parmi les agriculteurs connectés interrogés pour l’enquête Agrinautes 1. Cet usage reste cependant moins important que celui des forums qui, lui, a été multiplié par trois, passant de 24 % à 75 % entre 2010 et 2014. Dans les deux cas, la très grande majorité est plutôt observatrice. « Seul environ un agriculteur sur 5 qui va sur les forums interagit réellement. La grande majorité est simplement lectrice ou observatrice et c’est la même chose pour les réseaux sociaux », explique Christian Gentilleau, directeur de NTIC Agri Conseil.

Facebook est en tête des réseaux sociaux utilisés avec 10 % des agriculteurs enquêtés inscrits, suivi par Google+ avec 8 % alors que Twitter ne totalise que 2 %.

Et que font-ils sur ces réseaux sociaux ? L’usage privé est largement premier. L’étude montre que selon l’âge, la part des usages professionnels varie entre seulement 13 % pour les moins de 35 ans et 23 % pour les plus de 55 ans. La plupart des agriculteurs sont donc venus aux réseaux sociaux d’abord pour un usage personnel, puis ils ont découvert l’intérêt que présentent ces nouveaux outils numériques pour leur activité d’agriculteur.

Informations techniques ou marché

Quel est cet intérêt ? Certains y cherchent de l’information mais ce n’est peut-être pas la principale motivation, puisque seuls 2 % des internautes interrogés disent utiliser les réseaux à cette fin, loin derrière la presse agricole papier qui enregistre encore le beau score de 56 %. Pour autant, ceux qui y sont pour cette raison semblent s’y retrouver. Éric Dugers, agriculteur, est sur Twitter (@dugers) depuis un an et y recherche des informations sur les marchés. Pour cet usage, il suit un peu plus d’une vingtaine d’analystes, traders et agriculteurs pertinents sur ce sujet. Il partage lui-même ses informations locales (rendement, base…) et ses perceptions du marché.

 C’est un moyen extraordinaire d’avoir accès à l’information en live, sans filtre. C’est aussi la possibilité d’échanger. À condition d’accepter la contradiction, c’est une belle opportunité, un peu comme un club marché international, puisque je suis des Américains, des Australiens, des Allemands, des Brésiliens, des Ukrainiens…  

L’agriculteur y passe entre une et deux heures par jour mais cela ne l’empêche pas d’être en lien avec ses interlocuteurs traditionnels en direct mais aussi sur Twitter… D’autres agriculteurs sont plus férus de nouvelles technologies ou de méthodes culturales et échangent des photos de leurs parcelles.

Créer du lien

La convivialité entre agriculteurs peut aussi être une motivation puisque 8 % privilégient ce média pour échanger avec des confrères. Pour cela, ils se rallient à certaines communautés comme « VIP (Very Important Paysans) » ou « Les agriculteurs sont des bosseurs… qui ne comptent pas leurs heures ! » sur Facebook, ou créent des groupes sur Google+ par le biais de leur organisation syndicale par exemple. Cette convivialité peut aussi se poursuivre « dans la vraie vie » grâce aux « apéros twittos », sur les Salons par exemple. Les agriculteurs qui se suivent sur Twitter ou se côtoient via Facebook se retrouvent à tel ou tel stand le temps d’un apéro.

Certains utilisent les réseaux sociaux pour communiquer sur leur métier, faire passer leurs idées. Cette communication est principalement le fait d’organisations agricoles mais aussi d’une poignée d’agriculteurs en lien ou non avec ces organisations et soucieux d’améliorer l’image de l’agriculture. Comme l’écrit sur son blog Rémi Dumery, alias DumDum (@RemDumDum) sur la toile :

Quand on est céréalier beauceron, irriguant du maïs, en 4x4, chasseur, catho… nous sommes dans le cliché maximum. Alors le pouvoir des réseaux me permet de montrer notre rôle dans la société, qu’on n’est pas les vilains petits canards de l’environnement, de l’économie agricole

C’est la force de Twitter en particulier : « sur ce réseau, ils trouvent une véritable caisse de résonance car de nombreux journalistes sont sur Twitter », explique Christian Gentilleau.

Vendre et fidéliser

Enfin, les agriculteurs les plus actifs sur les réseaux sociaux sont ceux qui ont une activité de vente directe. Ces nouveaux canaux de communication sont pour eux une vitrine, une façon de se faire connaître mais aussi de garder le contact avec leurs clients. Vignerons, maraîchers en circuits courts, éleveurs passionnés de génétique… beaucoup ont compris l’opportunité des réseaux sociaux. « Sur Facebook, les gens souhaitent échanger, poser leurs questions en direct, explique Justine Saurel du domaine viticole Montirius. Ils souhaitent se sentir intégrés à la vie du domaine. Avec les réseaux sociaux, c’est étonnant : on est très proche et en même temps très loin. Écouter les gens interagir sur le groupe ou la page est très intéressant. Les réseaux sociaux changent le lien commercial avec les professionnels. Ils sont devenus presque des amis. J’utilise aussi Twitter et Instagram. Sur Twitter, c’est beaucoup plus pro que sur Facebook et le ton est plus distant, sur la retenue. Je m’en sers beaucoup pour les événements, il est parfait pour le live. J’utilise Instagram car cette appli est un outil pratique pour diffuser rapidement et efficacement de belles photos. »

Ces agriculteurs en circuits courts sont donc beaucoup sur Facebook pour toucher un large public ou encore sur Google+ pour bénéficier des services de géoréférencement Google Maps, de plus en plus utilisés notamment par les touristes.

À la diversité de l’agriculture française répond la diversité des usages des réseaux sociaux…

 

(1) Enquête Agrinautes Agrisurfeurs 2014, NTIC Agri Conseil - BVA.