Des nouvelles architectures à l'étude

Le semis 30-30 en quinconce permettrait de couvrir rang et inter-rang plus rapidement. Kverneland

Est-il encore possible d’augmenter le rendement des betteraves ? Oui si l’on en croit les différents acteurs de la filière. Le semis en 30-30 fait partie des solutions. Si celui-ci est dorénavant faisable avec les nouveaux semoirs à distribution électrique, l’arrachage de ces betteraves semées en quinconce est pour l’heure impossible.

 

Sera-t-il possible un jour de semer les betteraves avec un interrang de 30 cm ? Une nouvelle technique de semis en quinconce fait l’objet d’études au sein de l’IFZ (Institut de recherche sucrière allemand) et chez le semencier KWS. Au début des années 1980, des travaux anglais (Jaggar – Broom’s Barn) avaient déjà cité cette voie d’amélioration en montrant les gains de productivité potentiels par une meilleure occupation du terrain. Historiquement, les betteraviers français sèment la betterave avec un écartement de 45 ou 50 cm selon les régions, pour une distance sur le rang de 16 à 20 cm : « Les régions qui sèment la betterave avec un écartement de 50 cm sont généralement confrontées à des terres argileuses assez fortes, explique Pascal Amette, délégué régional ITB Champagne/Yonne.

Un écartement de 50 cm engendre l’équivalent d’un rang de 20 km par hectare contre 22 km pour un écartement de 45 cm.C’est autant de tare-terre qui n’est pas générée. L’écartement plus important permet de générer moins de terre, de mieux l’évacuer et d’éviter les bourrages. C’est typiquement le cas dans l’Oise ou le Loiret. Les autres régions à terre plus limoneuse sont fidélisées au 45 cm. On sait que l’élargissement de l’interrang tend à retarder la date de couverture, ce qui aura un effet défavorable sur le rendement. »

Avec les progrès colossaux de la sélection variétale, la qualité de levée permet d’obtenir des populations idéales autour de 105 000 à 110 000 pieds/m2, pour un semis de 125 000 à 130 000 graines/m2 : « En expérimentation, la levée moyenne est supérieure à 90 %, de manière systématique, ajoute Pascal Amette. Mais une population de 110 000 pieds/ha génère déjà de la concurrence. Avec ce niveau de population, le rendement atteint un plateau. »

Une couverture foliaire plus rapide

Pour tenter d’accroître ce rendement, KWS tente donc des semis à 30 cm sur l’interrang et sur le rang, en quinconce. Avec cette équidistance entre les graines, le semencier allemand espère une couverture plus rapide des sols : « Avec cette répartition en quinconce, le bouquet foliaire, qui est composé de plusieurs couronnes, va coloniser l’espace plus rapidement, explique Pascal Amette. Plus vite les rangs seront fermés, mieux les feuilles profiteront de l’ensoleillement du printemps pour le développement de la plante et le stockage du sucre dans la racine. Il faut maximiser la surface foliaire très rapidement. En plus d’être bénéfique pour la betterave, la couverture rapide engendre une levée moindre des adventices, surtout les levées tardives. La couverture rapide limite le dessèchement des horizons supérieurs du sol. Cela génère une meilleure disponibilité de l’eau à chaque pied. Si le 30-30 était combiné à des variétés qui ferment plus rapidement, cela limiterait aussi l’espace de ponte pour la teigne. » 

Ce semis en 30-30 pourrait générer un gain de rendement significatif selon les recherches menées en Allemagne. En 2017, un réseau d’essais a été mis en place sur plusieurs délégations de l’ITB et les performances obtenues feront l’objet d’une présentation lors des comités techiques.

Mais aujourd’hui, c’est bien la mécanique qui pose problème : « Le semis en 30-30 est possible uniquement avec des semoirs monograine de précision, avec distribution électrique des graines, ajoute Pascal Amette. Il pose également le problème au niveau des systèmes d’arrache et du passage des roues de pulvérisateur. Pour l’instant, aucun constructeur n’a la possibilité d’avoir une distance de 30 cm entre les organes d’arrachage. Et côté pulvérisation, les agriculteurs qui utilisent des roues étroites ne sont plus très nombreux. »

Si la technique se démocratise et que les 8 % de rendement supplémentaires sont avérés, nul doute que les fabricants trouveront la force d’innover. La fin des quotas sucriers pouvant être un argument supplémentaire à toute innovation.

 

Bandeau FMC