L’ARN interférence pour protéger les betteraves des pucerons vecteurs de jaunisses

Le projet allemand Vive Beet teste la technique de l'ARN interférence pour lutter contre les pucerons vecteurs de jaunisses en cultures de betteraves sucrières. Les premiers résultats en serre semblent prometteurs. Des essais en champs sont prévus cette année 2024.

Jaunisse de la betterave

© ITB

Le projet Vive Beet mené en Allemagne vise à développer une nouvelle méthode de lutte contre les pucerons verts du pêcher (Myzus persicae), vecteurs de jaunisses en cultures de betteraves sucrières, basée sur la technique d’ARN interférence. L'ARN interférence est un mécanisme permettant d'inhiber l'expression d'un gène à l'aide de petits ARN double brin non codants. L’avantage de cette technologie serait notamment l’absence d’impact sur les insectes non-cibles, seuls les pucerons sont touchés par le traitement. Démarré en 2019 pour une durée de six ans, ce projet génère des premiers résultats prometteurs en 2023. Les premiers essais menés en serre de pulvérisation sur betteraves ont en effet montré un taux de mortalité de 70 % sur pucerons.

La stratégie est basée sur l’utilisation de molécules d’ARN double brin « personnalisées », incorporées dans une formulation spécifique de façon à résister à la température et aux UV et à pouvoir être appliquée de façon classique par pulvérisation sur les betteraves.

Gènes réduits au silence

Les chercheurs ont procédé par étapes : « Pour commencer, nous avons réussi à identifier plusieurs gènes qui causent une mortalité élevée chez les pucerons lorsqu’ils sont "réduits au silence" par le mécanisme d’interférence de l’ARN », explique Maurice Pierry de l’institut allemand Fraunhofer, partenaire du projet Vive Beet.

Dans un deuxième temps, les scientifiques ont mis au point une formulation capable de protéger la molécule d’ARN double brin des facteurs environnementaux tels que la température, l’humidité, les rayons UV et les enzymes dégradant l’ARN jusqu’à ce qu’elle atteigne sa destination – l’intestin des pucerons. Après les premiers essais de pulvérisation directement sur la plante cible effectués en serre, des essais en champs sont prévus en 2024.

Vive Beet est coordonné par l’Institut Julius Kühn (JKI), avec la participation d’autres instituts1 comme l’Institut Fraunhofer de biologie moléculaire et d’écologie appliquée.


(1) Institut JKI pour la protection des plantes dans les grandes cultures et les prairies, Institut Fraunhofer de biologie moléculaire et d’écologie appliquée, Institut de recherche sur la betterave sucrière (IfZ).