Les fourragères porte-graines ont droit aussi aux techniques innovantes

L’événement Sem’expo, qui s’est déroulé dans l’Aube le 23 mai 2024 à l’initiative de la Fnams, a été l’occasion pour Serge Bouet de présenter la technique du semis sous couvert des cultures fourragères porte-graines.

Relay-cropping - itinéraire technique - culture relais

Le relay-cropping est une des techniques innovantes qui mérite que l'on s'intéresse en détail à l'itinéraire technique pour mieux l'appréhender.

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« Il existe un différentiel de 100 €/ha de revenu en faveur du semis sous couvert des cultures fourragères porte-graines en comparaison d’un semis sur sol nu », note Serge Bouet, ingénieur au sein de la Fnams. Il ajoute que le semis sous couvert de cultures fourragères porte-graines est une spécificité de l’Europe du Nord. Mais cela n’est pas sans conséquence sur l’itinéraire des deux cultures.

Il précise ainsi :

  • Pour les graminées porte-graines, le rendement peut être impacté selon l’espèce qui sert de couverture au semis.
  • Pour les légumineuses, en revanche, le rendement ne semble pas affecté par l’espèce hôte à condition d’assurer une bonne implantation de la légumineuse porte-graines.

Pour la luzerne, par exemple, la meilleure culture hôte semble être le tournesol, sous réserve d’utiliser une variété clearfield et d’assurer le désherbage avec Pulsar. Au-delà de cet exemple, d’autres essais ont été menés sous tournesol, comme le semis de dactyle. Mais le peu de solutions de désherbage disponibles limite le potentiel. La réduction du nombre de solutions de désherbage restreindra d’ailleurs mécaniquement les associations possibles.

Le relay-cropping sous un nouveau jour ?

Au-delà des cultures porte-graines, la recherche se poursuit sur la possibilité de mener, partiellement au moins, deux cultures en même temps au sein d’une même parcelle. C’est le relay-cropping (ou relay-intercropping comme peut le nommer Arvalis). Damien Brun, d’Arvalis, était d’ailleurs présent à Sem’expo pour en parler.

Si, pour la culture d’automne, implantée la première 2 rangs sur 4 – soit 50 % de la surface de la parcelle –, le rendement ne pâtit que d’une baisse de 10 % en moyenne alors que la densité de plantes est divisée par deux, les choses se compliquent pour la seconde culture...

La pression ravageurs dans ses premiers stades et les stress hydrique de début d’été quand les deux cultures se côtoient ont souvent raison du rendement de la seconde culture. Or, en implanter une induit une hausse des charges de production... et donc doit donner lieu à une augmentation du produit sur la parcelle.

Afin d’imaginer une nouvelle approche, Arvalis se penche, durant la campagne en cours, sur un relay-cropping d’un nouveau genre :

  • du fait des secondes cultures envisagées : caméline et moutarde en raison de leur potentiel débouché comme biocarburants ;
  • du fait de la répartition spatiale des cultures dans la parcelle. Le choix a été fait de semer de l’orge d’hiver tous les 5 rangs, c’est-à-dire qu’il y a des bandes d’orge d’hiver de 75 cm tous les 75 cm. Le premier avantage, selon Damien Brun, est la facilité de mise en œuvre avec le matériel présent sur l’exploitation. Pour preuve, le binage de l’orge a été réalisé sans modification du matériel présent sur la ferme.

Toutefois, l’expert d’Arvalis est conscient qu’il s’agit d’un dispositif expérimental qui ne préjuge en rien des premiers résultats attendus cette année et de l’avenir de la technique. Mais il s’agit d’un bon exemple de la nécessité, parfois, de réinventer totalement une technique pour mieux l’adapter aux contraintes du terrain. Affaire à suivre.