Lancement d’un « plan alimentation » et soutien aux produits régionaux

Pour se montrer "exemplaire", la région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée va démarrer sa transition alimentaire dans les cantines des lycées. Photo : ChiccoDodiFC
Le conseil régional Occitanie / Pyrénées-Méditerranée lance une « grande concertation citoyenne sur l’alimentation » afin de construire, avec les habitants, un « plan alimentation régional ». « La question alimentaire est la grande cause régionale 2018 », a expliqué en préambule Carole Delga, présidente de la région Occitanie, à l’occasion d’une rencontre avec la presse le 3 avril.
 
La Région invite les citoyens à se saisir du sujet et à être acteurs des décisions politiques de leur région. Dans cette optique, un formulaire est disponible sur le Web (www.laregion/alimentation) jusqu’à la fin du mois de juin afin qu'ils fassent part de leurs habitudes et de leurs attentes en termes d'alimentaire. « Nous espérons 20000 à 30000 réponses », projette Carole Delga. « Il s’agit en fait d’une enquête de marché géante », précise Jean-Louis Cazaubon, vice-président de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée, en charge de l’agroalimentaire et de la viticulture. Cette enquête de marché pourra être un outil précieux pour les agriculteurs qui, connaissant les attentes des consommateurs, pourront s’y adapter et gagner ainsi des parts de marché.
La Région espère être à l’initiative d’une « prise de conscience » chez les citoyens, afin qu’ils consomment plus « responsable » : un enjeu de santé publique (manger mieux), mais également économique pour soutenir l’emploi local.
 

Objectif : 40% de produits locaux dans les cantines des lycées

« Nous devons nous aussi être exemplaires », poursuit Carole Delga. C’est pourquoi la Région déploie un projet pour favoriser les produits locaux, bio et sous Siqo dans les cantines des lycées.
À la rentrée scolaire de septembre 2018, un tiers des cantines des lycées (soit environ 50 lycées) vont augmenter la part de produits locaux dans leurs repas. « La part de local, bio ou Siqo passera à 40%, contre 16% seulement aujourd’hui », précise Carole Delga. Pour ce faire, le conseil régional déploie les grands moyens. Le prix des repas n’augmentera pas pour les parents d’élèves, c’est la Région qui prendra en charge le surcoût de 15 centimes par repas. La Région a ainsi prévu une enveloppe annuelle de 2,2M€ pour les deux premières années et elle mise sur une diminution des coûts une fois que le dispositif se sera étendu et que tous les outils nécessaires auront été mis en place.
 

Former aux marchés publics

Le conseil régional Occitanie / Pyrénées-Méditerranée formera, avant la fin de l’année scolaire 2018, les cuisiniers mais également les administratifs qui passent les marchés publics. Car pour ne pas contrevenir aux codes des marchés publics, les collectivités n’ont pas le droit de demander explicitement des produits locaux : il faut s’appuyer plutôt sur des critères environnementaux (empreinte carbone faible) ou qualitatifs.
Au-delà de la formation, la Région a besoin d’outils. Une plateforme régionale dématérialisée centralisera les demandes des cantines scolaires de tous les départements. Cela permettra par exemple aux producteurs des Hautes-Pyrénées d’approvisionner le Gard en produits carnés, tandis que le Gard pourra fournir des fruits aux Hautes-Pyrénées. « Les cantines de Hautes-Pyrénées pourront proposer des fruits régionaux plutôt que des fruits espagnols ou marocains », précise Jean-Louis Cazaubon.
 

Vers l’ouverture de légumeries ?

Il faudra également des infrastructures sur les territoires pour centraliser et préparer les commandes. « On ne peut pas fournir des sacs de pommes de terre aux cantines, explique Jean-Louis Cazaubon, il faut leur fournir des légumes déjà découpés, prêts à l’emploi. » C’est pourquoi des projets de « légumeries » (lieux de découpe et de conditionnement de légumes) pourraient voir le jour. Une légumerie existe déjà en Ariège, une autre est en préparation dans les Hautes-Pyrénées. Un travail avec les Min (Marchés d’intérêt nationaux) devrait également être mené pour aider à la centralisation des produits. « Nous allons également travailler en lien avec les départements et les chambres d’agriculture », précise Jean-Louis Cazaubon.
 
Ce projet inédit nécessitera un véritable travail collectif avec tous les partenaires. Mais la région ne doute pas de sa faisabilité. « Nous avons déjà organisé  une série d’auditions avec les acteurs de la filière alimentaire, et l’envie d’avancer est collective », explique Jean-Louis Cazaubon.
Pour l’heure, deux rendez-vous sont à suivre. Le premier fin 2018 pour voir les résultats de la concertation, le second d’ici un ou deux ans pour constater l’avancée du projet de produits locaux dans les cantines.
 

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