Replanter des haies ne compense pas la perte de biodiversité

Sur cette haie complète et en bon état, la structure  en étage apparaît nettement, avec, de bas en haut, un ourlet herbacé, des prunelliers (étage 2), des noisetiers et une aubépine (étage 3) et  des chênes (étage 4). Photo : D. Rolland/FDC 22

Cet article de Viti Les Enjeux de mai 2021 vous est proposé gratuitement et dans son intégralité. Bonne lecture ! Pour vous abonner, RV sur notre e-kiosque.

Une haie est un nid de biodiversité, et donc de faune auxiliaire. Arracher une haie a des conséquences négatives sur le vivant, même si une replantation est prévue ailleurs. Vous voulez bien faire, mais manquez d’information ? Des outils existent pour mieux connaître la valeur de vos haies… et mieux les gérer.

Un maillage de haies dense et fonctionnel peut héberger jusqu’à 80 types d’oiseaux, 35 espèces de mammifères, 100 espèces d’insectes, 600 espèces végétales, 60 espèces d’araignées, 14 espèces de reptiles et batraciens. C’est un habitat et un corridor pour la biodiversité et plus particulièrement pour les espèces qui apprécient le milieu forestier : ombre, peu de vent, possibilité de se percher dans les branches… Toutes les haies ? Malheureusement non. « Si la haie est trop étroite ou mal entretenue, elle ne peut plus créer cette ambiance microclimatique liée à l’ombrage et à l’hygrométrie, elle perd alors ses fonctionnalités », explique David Rolland, chargé de mission habitats et biodiversité à la fédération des chasseurs des Côtes-d’Armor et administrateur de l’Afac-Agroforesteries.

En France, le constat est accablant : 80 % du linéaire de haies souffrent de mauvais entretien (« tonte » au carré, déchiquetage des branches, réduction de l’emprise au sol…), de surexploitation ou de sous-exploitation (dépérissement, vieillissement sans renouvellement). Pourtant, conserver des haies fonctionnelles procure de nombreux bénéfices pour l’activité agricole : faune auxiliaire pour les cultures, gain de rendement dans les régions ventées par effet brise-vent, abri et ombre pour les troupeaux… Sans compter la valorisation possible du bois.

Un talus, forte plus-value écologique

Quelle biodiversité y a-t-il dans vos haies ? Comment et quand devez-vous les entretenir ? Quelle est la meilleure valorisation pour ces haies ? Un outil existe pour répondre à ces questions : le plan de gestion durable des haies (PGDH), qui vient de s’enrichir d’un module biodiversité. « Suite à un travail bibliographique, validé par des mesures de terrain sur 800 haies de 2013 à 2018, nous avons défini neuf critères pour estimer la qualité d’une haie pour la biodiversité. Ces critères prennent en compte les exigences d’un large nombre d’espèces », indique David Rolland, coauteur de cette étude.

Par sa présence et sa diversité,  cette communauté de fleurs forestières traduit la bonne fonctionnalité  de la haie. Photo : D. Rolland/FDC 22
Grâce à une appréciation visuelle de ces critères, une note est attribuée. La présence d’un talus, par exemple, apporte une forte plus-value écologique. Les 2 °C d’écart, souvent constatés entre ses deux versants, créent des conditions favorables à de plus nombreuses espèces végétales ou animales. Le talus favorise l’infiltration de l’eau, participe à retenir la terre, facilite le creusement de terriers, constitue un refuge en cas d’inondation… Les autres critères concernent la largeur de la haie, ses différents étages, la richesse en espèces ligneuses, la présence de micro-habitats, comme un fossé, un tas de pierres ou un arbre à cavités… 

Qui peut réaliser ces diagnostics ? Plusieurs sessions de formation ont été organisées au CFPPA d’Angers et les conseillers agréés sont de plus en plus nombreux. La liste sera tenue à jour par l’Afac-Agroforesteries.

Éviter la destruction

Peut-être envisagez-vous d’arracher une haie, en compensant ce linéaire perdu par une plantation de même longueur un peu plus loin. Pourtant, une replantation ne va pas compenser la perte écologique : « En arrachant, on détruit un habitat et un équilibre qui a mis plusieurs décennies à s’établir. Il faut 25 ans pour reconstruire une communauté dans une prairie, 50 ans minimum pour un espace forestier. C’est pourquoi, autant que possible, il faut éviter la destruction d’une haie et préserver l’existante », insiste David Rolland.

L’aubépine monogyne (à fruits rouges) et le lierre (en boutons) accueillent des communautés animales qui leur sont très inféodées. À conserver ! Photo : D. Rolland/FDC 22
Si, malgré tout, l’arrachage ne peut pas être évité, les modalités de replantation vont être déterminantes pour les futures fonctionnalités de la haie : largeur suffisante, colonisation par la végétation spontanée, tailles de formation adaptées. Si elle se trouve trop déconnectée d’une autre haie, elle sera difficile d’accès pour les espèces qui ont de faibles capacités de dispersion. Si elle est bien connectée au réseau des autres haies mais trop étroite, la biodiversité sera moindre.

Comment faire pour décider de la meilleure implantation ? Pour évaluer la qualité d’un paysage, l’Inrae a développé une nouvelle unité de mesure : le grain bocager. Cette unité prend en compte non seulement la longueur du linéaire de haies mais aussi leur largeur, leur mode de gestion et la forme des parcelles. Le traitement cartographique permet d’apprécier la fonctionnalité des paysages. Le PGDH et le grain bocager, utilisés en complément, peuvent guider vers une action cohérente qui apportera tous les bénéfices attendus d’une haie et notamment la conservation des continuités écologiques.

Loi Grenelle 2
Les haies, un élément de la trame verte
Le concept de trame verte et bleue a été créé par la loi de Grenelle 2. L’idée ? Lutter contre la fragmentation des milieux en les connectant entre eux, que ce soit sur terre (trame verte) ou dans les milieux aquatiques (trame bleue). Ainsi, le vivant doit pouvoir se déplacer sans danger pour s’alimenter, se reproduire… Depuis, cette politique s’applique partout dès que le foncier est mis en jeu.
Les haies font partie de la trame verte pour les espèces liées aux arbres.
Mais cette trame n’est pas toujours facile à identifier et à traduire sur le terrain.

Article paru dans Viti Les Enjeux n°34 de mai 2021

Vie de l'entreprise

Boutique
Div qui contient le message d'alerte
Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire
Mot de passe oublié

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ?

Contactez le service client abonnements@info6tm.com - 01.40.05.23.15