240 arbres par hectare dans les vignes beaujolaises du Château Javernand

parcelle en vitiforesterie

Cette parcelle contient 240 arbres à l'hectare. En 5e feuille en 2023, elle a donné 35 hl/ha malgré plusieurs petits épisodes de grêle.  

Crédit photo Irène Aubert
À Chiroubles, les vignerons du Château de Javernand ont choisi l’agroforesterie pour améliorer leurs sols à faible réserve utile. Leur système à haute densité d’arbres intraparcellaires commence à arriver en production. Sans effet négatif notoire.

Au Château de Javernand, l’agroforesterie fait partie d’une démarche globale. Les sols issus d’arènes granitiques sont sableux, pauvres en matière organique, avec une réserve utile faible.

« Nous voulons pérenniser notre métier et être autonomes au maximum, cela passe en grande partie par une augmentation de l’humus de nos sols. C’est pourquoi nous essayons de maximiser la biomasse produite et restituée aux sols », résume Pierre Prost, le vigneron, qui travaille avec son associé et cousin Arthur Fourneau.

Pierre Prost termine la taille des arbres au printemps
Président du collectif Les vignerons du vivant, Pierre Prost et son associé Arthur Fourneau ont engagé leur domaine dans l'agroforesterie.
Crédit photo : Irène Aubert

Outre l’agroforesterie, les deux vignerons installent aussi des couverts végétaux et travaillent sur la physiologie de la vigne en appliquant les principes de taille de Marceau Bourdarias.

>>> Lire aussi : Eau, arbre, sol : le tryptique pour ramener de la fertilité à la parcelle

Biomasse, mi-ombre et vie du sol

Depuis 2019, ils ont planté des centaines d’arbres : à l’intérieur des parcelles et dans des haies autour de celles-ci. Avec trois objectifs :

  1. Produire de la biomasse. « Les arbres représentent une strate en plus pour la photosynthèse », souligne Pierre Prost.
  2. Créer un microclimat, avec de la mi-ombre pour s’adapter aux chaleurs de plus en plus fortes l’été.
  3. Stimuler la vie du sol grâce à la mycorhization et les exsudats racinaires des arbres. « Avec les arbres, nous favorisons aussi la biodiversité car nous sortons complètement de la monoculture, insiste le vigneron. Les trognes, par exemple, sont un habitat et un point de repère pour les chauve-souris qui nous aideront à lutter contre les vers de la grappe. C’est un bénéfice collatéral. »

240 arbres/ha

En 2019, les deux associés passent à l’action avec la plantation d’une première parcelle de 0,5 ha à une densité de 6.000 pieds/ha avec 240 arbres/ha en intraparcellaire. Soit un arbre tous les trois rangs et tous les huit ceps. Cette proximité doit favoriser la mycorhization.

Une densité d’arbres assez élevée, qui implique, à terme, de les contenir pour éviter une concurrence trop forte avec la vigne. Pierre Prost a prévu de les tailler en trogne par tiers tous les trois ans et de restituer les rameaux au sol, tout comme les sarments.

Peu de fruitiers  

Les espèces ont été choisies avec la responsable de la mission haie pour Auvergne-Rhône-Alpes. Une place particulière a été accordée à l’érable champêtre dont le feuillage peu dense procure une ombre diffuse et qui se trogne bien. Frênes, peupliers noirs, saules, charmes, tilleuls complètent le cortège.

Pas de fruitiers, mis à part quelques amandiers (un test au regard du changement climatique) et merisiers, pour ne pas exporter du carbone et parce qu’ils ne supportent pas très bien d’être trognés.

Sur cette parcelle aujourd’hui âgée de six ans, les arbres ont été taillés pour former les troncs. Quelques-uns ont été coupés à 2 m de haut environ pour commencer à former les trognes. Mais l’essentiel du travail commencera sans doute l’an prochain. Les vignerons s’adaptent à la pousse de chaque arbre. Au total, 2 ha ont été plantés sur ce modèle.

Des plants achetés en commun localement

Les jeunes plants d’un an ont été achetés auprès de pépiniéristes locaux, grâce au collectif Vignerons du vivant en Beaujolais, dont Pierre Prost est président. « Nous plantons majoritairement des plants en racines nues, car les taux de reprise sont meilleurs », indique-t-il. Selon ses estimations, 97 % des arbres plantés ont survécu.

plantation d'un jeune arbre à la place d'un pied de vigne
Dans les parcelles anciennes, quelques arbres sont plantés à la place des pieds de vigne lors des complantations. 
Crédit photo : Irène Aubert

Sur les parcelles plus anciennes, des arbres sont aussi introduits, à plus faible densité, à la faveur du remplacement des manquants. Une évolution rendue possible par la restructuration du vignoble : alors que les densités atteignaient traditionnellement 10.000 pieds/ha, les vignerons ont décidé dès leur installation en 2012 d’arracher des rangs et de passer au tracteur interligne. Difficile, en effet, d’intégrer des arbres dans les parcelles avec un enjambeur. 

Un équilibre se crée

Cette diminution de densité provoque une forte chute de rendement les premières années, mais par la suite, un nouvel équilibre se crée, grâce à l’augmentation de la hauteur du feuillage. À terme, l’objectif est de récolter 40 à 45 hl/ha.

Sur les parcelles directement plantées en agroforesterie, « nous avons toujours vu de bons comportements », estime Pierre Prost. Une des parcelles est suivie dans le cadre du projet Adapténuer. Aucune différence significative n’a été mise en évidence entre le stress hydrique mesuré sur les plants voisins des arbres et les autres plus éloignés. « Nous ne constatons pas de différence notoire, dans la limite de ce que nous pouvons mesurer », résume le vigneron.

Des rendements satisfaisants

Les premiers raisins ont été récoltés avec un rendement de 35 hl/ha, soit un niveau satisfaisant pour une vigne en 5e feuille, qui a subi quelques petits dégâts de grêle. Les vignerons pensent atteindre 50 à 55 hl/ha en phase de croisière. « Tant que les rendements atteignent 40 hl/ha, on peut vivre », a calculé Pierre Prost.

reconstitution d'une rypisylve
La ripisylve a été reconstituée en aval de la mare. 
Crédit photo : Irène Aubert

Des résultats positifs qui encouragent les associés à continuer sur cette voie. Ce printemps, ils ont prévu d’aménager une parcelle de 2 ha dont 6.000 m2 de vigne. Le projet, co-conçu avec Alain Canet, intègre de nombreux éléments de la viticulture régénérative : plantation de 70 m de haie, reconstitution d’une ripisylve, conservation des vieux arbres...

plantation d'une haie double
Plusieurs dizaines de mètres de haies doubles ont été plantées, de manière à connecter les écosystèmes entre eux.  
Crédit photo : Irène Aubert

Peut-être un verger et/ou une pâture pour quelques moutons… Seule dérogation : les vignes ne suivront pas les courbes de niveau mais le sens de la pente. Une nécessité pour le travail du sol.

astuce : lien pour éviter de blesser les arbres avec les fils de palissage
Petite astuce : afin d'éviter des blessures sur l'écorce dues au cisaillement du palissage, les jeunes arbres sont isolés du fil avec un lien en caoutchouc. 
Crédit photo : Irène Aubert

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