De la paille de blé dans les vignes pour controler les adventices

L’IFV-Sicarex a expérimenté de 2020 à 2022 le paillage avec de la paille de blé. La pratique a permis le contrôle des adventices, l’amélioration de la vie biologique du sol, sans révéler d’effet négatif sur le rendement et la qualité des baies.

Paillage des vignes.

Crédit photo DR

Contrôler les adventices sans désherbage chimique ou mécanique, voici l'objectif du projet Pitivih1, avec le suivi de 2020 à 2022 de paillage sur vignes (paille de blé), par l’IFV-Sicarex. « Nous avons comparé ce paillage à une modalité désherbée chimiquement. Les apports sont de 1,5 kg/m2 (soit 15 t par hectare) de paille de blé non broyée, épandue chaque année en février sous et entre les rangs », explique Jean-Yves Cahurel, ingénieur à l'Institut français de la vigne et du vin. Cela correspond à une épaisseur d’environ 8 cm de paille.

La levée des adventices fortement freinée

L’essai a été mené dans le Beaujolais, sur vignes en gobelet, sur une parcelle difficile au niveau de la flore adventice. « L’effet sur les adventices est intéressant : la levée des adventices est fortement freinée (avec par exemple fin juin 2022, une couverture du sol pour la modalité désherbée chimiquement de 28 % contre 13 % sur la modalité paillée), la couche de paille étouffe bien les principales mauvaises herbes estivales comme les sétaires, les digitaires, etc. Nous retrouvons tout de même quelques espèces comme des érigérons ou des laitues scarioles, qui ont nécessité un petit passage manuel », indique-t-il.

Concernant la vigne, les résultats montrent l’absence d’impact négatif de la pratique, que ce soit au niveau du rendement comme de la qualité des baies. « Nous craignions l’apparition d’une faim d’azote du fait de la dégradation de la matière organique de la paille par les bactéries, mais nous n’avons rien noté de tel. Aucun écart de rendement ou de qualité des baies n’a été mis en évidence », précise-t-il.

Paillage des vignes vu du ciel.
Crédit photo : IFV Sicarex

Un effet bénéfique du paillage

Les analyses menées au niveau du sol montrent un effet bénéfique du paillage : une augmentation de la biomasse et de la diversité au niveau microbiologique, mais aussi au niveau des nématodes et des vers de terre, en particulier la seconde année. Cet impact sur la vie du sol est lié à la fois à l’humidité conservée sous le paillis (par exemple, à la nouaison en 2022, l'humidité du sol sur 0-20 cm est notée à 7 % pour le témoin désherbé chimiquement, contre 15 % pour la modalité paillée) et à l’apport de matière organique par la paille.

Pendant ces deux années, l’effet positif par rapport au stress hydrique n’a pas été mis en évidence, mais il devra être étudié sur le plus long terme. Côté inconvénients, les interrogations portent sur l’approvisionnement, le coût et la mise en place de la paille. « Pour cet essai, le paillage a été effectué manuellement, mais nous allons poursuivre l’expérimentation et étudier différents modes de paillage (épandeurs à fumier, canon à paille, etc.). » 

Trouver un autre type de paille – autre que le blé – est également une voie de progrès. Point à noter, cette expérimentation a été menée sur parcelle sans pente. « En pente, l’épaisseur de paille peut gêner le passage du tracteur et engendrer un risque de glissade », signale-t-il.

Paillage des vignes avec paille de blé.
Crédit photo : IFV Sicarex

 (1) Projet financé par FranceAgriMer.