Même dans une logique bas carbone, le maintien de la pomme de terre dans la rotation est justifié

La pomme de terre a toute sa place dans la rotation, d’un point de vue économique et environnemental. Crédit: juefraphoto/Adobe Stock

Arvalis-Institut du végétal étudie la mise en place de plusieurs leviers visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et à augmenter le stockage de carbone. Différents systèmes de production sont ainsi étudiés, analysés et comparés à la référence de la ferme type de la région française considérée.

À travers ce projet, qui s’inscrit sur la période 2021 à 2025, Arvalis souhaite également étudier l’intérêt des pommes de terre dans la réduction des émissions de GES d’une exploitation. Lors d’un webinaire, l’institut technique a présenté les premiers résultats de la ferme-type limons Nord France, ferme témoin avant la mise en place de différents leviers. Son système de production a été modélisé sous Systerre, un calculateur d’indicateurs pour une région précise.

Plusieurs leviers étudiés de manière unitaire ou combinée

La ferme type limons Nord France, c’est:

- 228 ha, dont 39 ha de pommes de terre et 105 ha de blé

- 43% de cultures intermédiaires

- Un labour sur 63% de la surface

- Pas d’apport d’engrais organique, uniquement une fertilisation minérale moyenne de 170 unités d’azote/ha.

Cette situation sert de référence à tous les scénarios étudiés par Arvalis, avec la mise en place de leviers analysés de manière unitaire ou combinée:

 - impact de la forme minérale azotée: dans cette modalité, tous les apports d’azote sont réalisés avec de l’ammonitrate pour réduire la dose apportée et la volatilisation;

- introduction de la culture du pois sur 5% de la SAU au détriment du colza pour maintenir la surface de pommes de terre;

- optimisation et amélioration de la conduite des couverts d’intercultures longues et introduction d’intercultures courtes, l’objectif étant d’augmenter la production de biomasse à l’hectare;

- apport de PRO (produits résiduaires organiques) sur les céréales en sortie d’hiver en remplacement du premier apport de fertilisant minéral. Plusieurs formes sont étudiées et testées (a: fumier de volailles, b: fientes de poules séchées et c: digestat brut d’origine agricole);

- introduction du pois dans la rotation, apport de digestat et de 40 unités d’azote/ha sur blé lors d’un 4e apport (combinaison des projets 1, 2 et 4);

- mise en place de Cive à base de seigle d’hiver avant les pommes de terre et apport de digestat;

- réduction du travail du sol sur les pommes de terre, mise en place de colza associé avec de la féverole, optimisation des couverts et apport de digestat (combinaison des projets 1, 3 et 4);

- introduction du lin fibre sur 6,5% de la SAU et maintien de la surface de pommes de terre;

- remplacement des 39 ha de pommes de terre de l’exploitation de référence par du colza;

La combinaison des leviers améliore le bilan carbone

Arvalis a présenté les premiers résultats de son étude.

Crédits carbone disponibles pour une ferme-type limons Nord France. Crédit : Arvalis
Crédits carbone disponibles pour une ferme-type limons Nord France. Crédit : Arvalis

Par leur faible production de biomasse, les situations avec l’introduction de pois ou de lin stockent moins de carbone que la référence. En revanche, lorsque le colza remplace la pomme de terre, les crédits carbone générés sont plus importants, la crucifère ayant la capacité de stocker beaucoup. L’étude montre également que la combinaison de plusieurs leviers offre de très bons résultats. C’est le cas de la production de Cive avec un apport de PRO.

En supprimant la pomme de terre de la rotation, la marge de l’exploitation diminue fortement. Crédit : Arvalis

Pour que ces crédits carbone remboursent la mise en œuvre des leviers par l’agriculteur, il faudrait qu’ils soient vendus entre 32 et 181 euros l’unité. Ce coût varie selon le scénario étudié. Dans tous les cas, Arvalis constate que le prix d’équilibre est très difficile à raisonner.