L'Anses alerte sur la mouche orientale des fruits

Mangue, fruit de la passion, goyave, avocat... Si la Bactrocera dorsalis arrive par l'importation, elle peut ensuite s'installer et se multiplier. Au risque de détruire une partie de la production française d'abricots, de pêches, d'oranges, mais aussi de courgettes ou de melons. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation invite donc dans un récent avis à renforcer, dans un premier temps, la surveillance, pour éviter son établissement durable en France.

Abricotier bien chargé en fruits

Si la mouche orientale venait à se répandre, plus de 80 familles de fruits et légumes, sans oublier la vigne, pourraient être menacées dans l'Hexagone ainsi qu'en Corse. 

Crédit photo Philippe LERIDON - stock.adobe.com

Certes, aucun foyer de mouche orientale des fruits n'a été officiellement déclaré en France hexagonale. Seule l'Italie a signalé sa présence dans un verger, en 2018.

Mais il n'empêche : des spécimens de grande mouche à l'abdomen rayé, la Bactrocera dorsalis, ou mouche orientale des fruits, ont été capturés de façon répétée en Île-de-France depuis 2019, d'abord à proximité du marché de Rungis et de l'aéroport d'Orly.

La raison ? Les produits – mangue, fruit de la passion, goyave, avocat... importés de zones déjà contaminées. Venue d'Asie, la mouche s'y est en effet répandue, puis s'est implantée en Afrique subsaharienne.

Depuis les premières captures, des incursions ont été détectées en Occitanie, en 2020, en région PACA en 2021, ainsi que dans le Grand Est et en Auvergne-Rhône-Alpes en 2022.

Augmentation du risque

Or, le modèle de l'Anses prédit une augmentation modérée de l'adéquation climatique de la France dans les prochaines décennies. Propre, donc, à l'implantation de cette mouche. Dans un récent avis, elle « estime que la probabilité d'établissement durable de B. dorsalis dans la ceinture méditerranéenne de basse altitude, Corse comprise, malgré les indices d'adéquation climatique faibles, est préoccupante ».

Dans le détail, elle considère que « la richesse en espèces et la production en tonnes de fruits hôtes de B. dorsalis sont élevées dans des départements situés dans les régions méditerranéennes (PACA, Occitanie et Corse) et dans la région Nouvelle-Aquitaine ».

Une filière en péril

Si elle venait à s'installer durablement dans l'Hexagone, la Bactrocera dorsalis pourrait faire des ravages.

De fait, elle peut s'attaquer à plus de 500 variétés de plantes différentes dont les cultures fruitières et légumières, et provoquer « entre 15 et 100 % de pertes de rendement sur les mangues par exemple, en fonction des pays où ces observations ont été faites, des variétés culturales touchées et d'autres facteurs (climats, mesures de lutte) », déclare ainsi Christine Tayeh, coordinatrice scientifique à l'Anses, dans un entretien à 20 Minutes.

Des symptômes difficiles à détecter

La femelle perce la peau du fruit mûr grâce à son ovipositeur pour déposer les œufs. Les larves se nourrissent ensuite de la pulpe du fruit, puis elles quittent le fruit et s'enfouissent dans le sol pour se transformer en pupes, sous la plante hôte.

Pis, non seulement les symptômes sont souvent difficiles à détecter aux premiers stades de l'attaque mais, en plus, les zones autour des marques de perforation deviennent molles et peuvent être sources d'entrée d'agents pathogènes secondaires, bactéries et champignons.

Plus de 80 familles de fruits et légumes pourraient être touchées

Pas étonnant que l'Anses sonne le tocsin. L'agence estime que le risque d'entrée, encore modéré sur la plupart du territoire hexagonal – avec des nuances (de modéré à élevé) en fonction des volumes importés, des zones de provenance et des types de fruits et légumes – s'accroît.

Plus de 80 familles de fruits et légumes - des arbres fruitiers (agrumes, abricots, prunes, cerises, pêches, amandes...), mais aussi les courges et courgettes, les cornichons, les melons, les pastèques, ainsi que les pommes de terre, les tomates et les aubergines sans oublier la vigne – pourraient être menacées, dans l'Hexagone ainsi qu'en Corse.

Bref, ce serait quasiment l'ensemble de la filière fruits et légumes qui serait mise à mal.

Renforcer la surveillance

Que faire alors ? L'Anses recommande d'abord de renforcer la surveillance sur les marchandises importées et sur les cultures en zone méditerranéenne près des ports et des aéroports, au-delà de ce qui est prévu par la réglementation actuelle.

D'autant que, selon Christine Tayeh, « malgré la réglementation actuelle pour l'importation des fruits depuis des zones infestées, on intercepte toujours Bactrocera dorsalis sur des mangues, par exemple », ce qui signifie que « les exigences ne seraient pas forcément respectées »...

Étendre les contrôles

Et au-delà de renforcer les contrôles existants, l'Anses propose de les étendre à d'autres produits, puisque les avocats et les fruits de la passion, notamment, ne sont pas inclus dans la réglementation actuelle.

En outre, l'agence de sécurité sanitaire de l'alimentation recommande l'augmentation de la sensibilisation des voyageurs à ces risques. Et elle prône même une interdiction stricte des importations dans leurs bagages.

Un plan d'urgence peut être activé

Cela dit, en cas de signalement de cette mouche en France, un plan national d'intervention sanitaire d'urgence serait activé.

Les services de l'État concernés mettraient ainsi en place des traitements insecticides, le piégeage des individus mâles pour limiter la reproduction et des restrictions de circulation des plantes. Des moyens qui impliquent, entre autres, l'utilisation de pièges à base de méthyl eugénol bénéficiant d'une dérogation d'autorisation de mise sur le marché.

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