Comment gérer un stock semencier important de vulpin ?

Pour répondre à la question de la gestion d'un stock semencier important en vulpin, retour sur un cas concret sur une parcelle avec l'expérience d’un des membres du groupe Dephy mosellan animé par Sébastien Louyot, conseiller productions végétales à la chambre d’agriculture de Moselle. La solution est venue d’une combinaison de leviers : labour, faux semis, désherbage mécanique et décalage de la date de semis.

VULPIN

« Sur une parcelle un peu particulière de 20 ha conduite en rotation colza-blé-orge, la problématique vulpin s’accentuait tous les ans. Nous avons donc réfléchi à différentes combinaisons de leviers avec le groupe et l’agriculteur concerné, exploitant céréalier en non-labour depuis plusieurs années », explique Sébastien Louyot.

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Créé en 2011, le groupe Dephy « Les fermes Dephy en action dans le centre mosellan » compte 12 agriculteurs. Au sein du groupe, la traditionnelle rotation courte colza-blé-orge favorisant l’émergence d’une problématique vulpin résistant est peu à peu élargie aux cultures de printemps, mais sur certaines parcelles, leur introduction est délicate. Le groupe s’attelle donc à d’autres solutions, en particulier en combinant différents leviers tels le faux semis, le décalage de la date de semis, le désherbage mécanique et surtout le labour.

« Chez un de nos adhérents, la rotation globale sur l’exploitation était sur 5 ans. Mais sur une parcelle un peu particulière de 20 ha conduite en rotation colza-blé-orge, la problématique vulpin s’accentuait tous les ans. Nous avons donc réfléchi à différentes combinaisons de leviers avec le groupe et l’agriculteur concerné, exploitant céréalier en non-labour depuis plusieurs années », explique Sébastien Louyot, animateur de ce groupe Dephy et conseiller productions végétales à la chambre d’agriculture de Moselle.

Cultures de printemps difficiles à implanter

Cette parcelle particulière, hydromorphe, argileuse, avec un peu de relief, compliquée à implanter en cultures de printemps, présentait un historique en vulpin dans le cadre d’une rotation principalement colza-blé-orge d’hiver, avec un échec des solutions de désherbage anti-vulpin sulfonylurées comme fops. Elle est en non-labour depuis 15 ans.

Pour gérer cette problématique vulpins, la stratégie s’est appuyée sur une combinaison de leviers : labour, puis faux semis, décalage de la date de semis, désherbage mécanique (herse étrille) et désherbage chimique.

À la récolte 2022, la parcelle était en orge d’hiver après un blé d’hiver un peu sale, avec un niveau de rendement correct pour l’orge dans ce secteur de 70-75 q/ha avec présence d’un peu de vulpin.

« Pour gérer ce vulpin, nous avions évoqué plusieurs stratégies : mettre du colza, culture pour laquelle il existe un peu de solutions chimiques. Et l’exploitation disposait d’une herse étrille. Ou changer un peu la rotation en mettant du pois de printemps, avec une interrogation sur la rentabilité... À la récolte 2022, le temps très sec ayant rendu le labour impossible, l’exploitant a tenté le colza pour un éventuel désherbage mécanique. Il a été implanté sans labour, mais avec un travail du sol profond et motteux, rendant difficile l’emploi d’herbicides racinaires », expose Sébastien Louyot.

Un beau « foin » de vulpins

Avec finalement un peu de pluie, le résultat a généré une belle levée de colza mais aussi de vulpins.

« Malgré la bonne levée du colza avec également des repousses, évaluée à 200-300 pieds, la culture n’a pas suffi à étouffer le vulpin. Un binage en octobre sur des pieds déjà un peu gros a été en partie efficace, suivi d’une application de cléthodime en rattrapage, puis d’une propyzamide ont conduit à un échec : à la récolte 2023, réalisée dans le sec, la parcelle présentait un beau foin de vulpin. »

Par endroits, la densité de vulpins atteignait 1.200 pieds/m2. Le rendement a été catastrophique, en lien avec le vulpin, mais aussi avec une forte pression insectes.

La question s’est alors posée de comment gérer ce stock semencier de vulpin.

Des stratégies à trouver

« Deux solutions étaient possibles : soit arriver à labourer, mettre en place des faux semis, un semis tardif et un passage de herse étrille pour implanter du blé, soit en cas d’impossibilité de labour, mettre en place un couvert puis un labour au printemps pour préparer le maïs. »

Bien que la parcelle n’ait pas été labourée depuis 15 ans, l’exploitant a choisi le labour.

Cette option sera la bonne : une pluviométrie de 40 mm en juillet 2023 rend alors le labour possible.

« Le labour a été effectué le 5 août, refermé à la herse rotative vers le 8 août. La pluviométrie, 10 mm tous les 8 jours, a permis plusieurs passages de herse pour faire relever les adventices. Au total, entre la fin août et le début octobre, un passage de rotative, un de herse et deux de vibroculteurs avec des herses peigne derrière ont été pratiqués », indique-t-il.

Le semis de blé a été effectué dans de bonnes conditions le 10 octobre, en décalage avec la date de semis classique du secteur, située autour du 25 septembre. Puis 2 jours après le semis, un passage de herse étrille à l’aveugle a été commencé puis arrêté, car le blé était déjà bien germé et de la pluie annoncée.

« Une pluie était annoncée pour le 15 octobre. Il a été décidé d’appliquer un herbicide racinaire (pendiméthaline-flufénacet à trois quarts de doses et un peu de DFF, pour un IFT d'1,5) en prélevée le 14 octobre », précise-t-il.

Du maïs avec un couvert dans la rotation

Aujourd’hui la parcelle est propre, sans vulpin. L’infestation a été maîtrisée pour la récolte 2024. L’idée est désormais de ne pas relabourer pendant 5 ans, ni de travailler trop profond pour ne pas remonter le stock enfoui. Et de réintroduire du maïs dans la rotation.

« L’exploitant prévoit de remettre un couvert derrière le blé et de réimplanter un maïs récolte 2025 dans celui-ci, pour ne pas permettre une relevée de vulpin. Mais des questions se posent encore pour déterminer quelles espèces de couvert implanter. Et de savoir si ce couvert sera implanté après un léger travail du sol ou semé directement derrière la moissonneuse-batteuse et détruit vers le 10-15 octobre, la parcelle ayant reçu 850 mm depuis le 1er août 2023 », conclut-il.