Se préparer à l’après quotas

Si, pour Yves Pelle, associé PwC spécialiste des coopératives agricoles,  « les fondamentaux à long terme sont là (demande mondiale en croissance +2%/an, 182 Mt en 2015, 211 Mt attendue en 2023) ; la libéralisation du marché du sucre implique la nécessaire connexion du marché européen au marché mondial ». Et qui dit marché mondial dit un alignement progressif du marché européen sur les cours mondiaux, autour de 400 à 450 euros/t et une concurrence accrue entre les producteurs et tous les acteurs de la filière.

 

L’UE importatrice nette

Petit état de l’art de la production, consommation et flux mondiaux du sucre. Notons que 60% de la production mondiale se concentre sur 5 zones du globe, le Brésil, l’Inde, l’UE, la Chine et la Thaïlande. Des producteurs qui font aussi partie des plus gros consommateurs, c’est le cas notamment de l’Inde, de l’UE, de la Chine et du Brésil. En termes de flux, c’est environ 30% de la production mondiale (57 Mt) qui est exporté. En 2023, ces volumes exportés sont attendus à 64 Mt.  Le Brésil et la Thaïlande représentent à eux deux 60% des exportations, tandis que l’UE est importatrice nette d’environ 3 Mt.

Dans ce bilan, il faut aussi évoquer le cas de l’isoglucose, obtenu à partir de céréales et qui rentre dans la composition de nombreux produits (boissons, sirops, confitures…). Pour des raisons logistiques, le marché de l’isoglucose est plus localisé, mais il est important à mentionner car dans le contexte d’un marché libéralisé, il entre en concurrence directe avec le sucre issu de la betterave notamment à l’échelle de l’UE. « Avec la disparition des quotas de betterave, certains acteurs européens vont développer des capacités de production de produits sucrants comme l’isoglucose. Les niveaux de substitution seraient relativement faibles, mais ils sont à considérer et pourraient atteindre jusqu’à 10% du marché », justifie Yves Pelle.

 

Améliorer la performance industrielle

La nécessaire adaptation à ce nouveau contexte implique que les industriels français et européens s’adaptent et se transforment pour rester compétitifs. « Il s’agit, dans un premier temps, d’améliorer les performances industrielles en maîtrisant les coûts de production ainsi que ceux qui sont liés à la logistique », indique Yves Pelle avant de justifier : « Il est nécessaire pour les acteurs d’abaisser les points morts, certains outils industriels notamment dans le raffinage de sucre importé vont disparaître tandis que les meilleurs standards européens qui existent doivent viser la performance industrielle. Comment ? En allongeant par exemple les campagnes de production, en visant aussi la rationalité géographique pour des raisons logistiques… travailler sur les coûts énergétiques etc. ».

Mais la concurrence est déjà une réalité. L’étude souligne que sur la scène internationale les capacités de raffinage sont en plein essor. C’est notamment le cas en Afrique du Nord. « L’Algérie investit déjà dans le raffinage au-delà de ses propres besoins. Elle importe du sucre roux, elle le raffine pour le réexporter sur la zone Afrique », illustre Yves Pelle. Et en Asie, c’est 4,7 Mt de capacités de raffinage qui sont attendues.

Sécuriser les approvisionnements

Autre élément qu’il faut aussi sécuriser, les approvisionnements. « Si les transformateurs veulent développer la filière, il faut en amont garantir la production avec des planteurs qui, en 2017, arbitreront leur assolement en fonction des prix de vente des différentes cultures. Des mécanismes contractuels existent déjà pour les sucres hors quotas, mais il va falloir aller plus loin et généraliser ces pratiques pour conserver la compétitivité des planteurs », prévient le spécialiste

Peser face à la distribution

Améliorer la production agricole, produire moins cher mais aussi peser face à la distribution. « On constate déjà qu’à l’échelle mondiale, les grands noms du négoce, Bunge, Cargill et Louis Dreyfus sont d’ores et déjà intégrés dans la filière sucre », précise Yves Pelle. Autrement dit, il va aussi falloir être efficace sur le plan commercial. D’après l’étude les principaux défis à relever sont les suivants : «  s’aligner sur les besoins et attentes des grands comptes afin de sécuriser les grands contrats commerciaux,  se couvrir du risque de taux de change et de volatilité prix, développer des plateformes de négoce pour accompagner les grands comptes et arbitrer les opportunités à l’international et développer des capacités industrielles à l’international pour se rapprocher des marchés de consommation et répondre aux attentes des grands clients. »

« Il faut se préparer à tout çà, les acteurs français et européens sont performants, mais l’un des enjeux sera bel et bien la taille critique des acteurs et l’optimisation du parc industriel », résume Yves Pelle. Quand un système se libéralise, cela peut-être une opportunité, mais à condition d’être en capacité aussi de diversifier son portefeuille de produits pour limiter l’exposition, et de diversifier et d’accroître sa présence géographique.